Dans la guerre pour le talent, la construction recrute même des boulangers

Nous avons déjà parlé de l’agilité de Renotec. Nous restons également créatifs dans la recherche de personnel. La guerre contre le talent, comme on l’appelle, fait rage. Cependant, Renotec s’engage fortement en faveur des jeunes et de la formation. C’est là que nous faisons la différence. Le journal De Tijd le pensait aussi.

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La lutte pour trouver les bons travailleurs fait rage. L’entreprise de construction Renotec recrute même des candidats qui n’ont jamais mis les pieds sur un chantier, et leur propose une formation en interne. « Nous avons arrêté de chercher le candidat parfait. »

« La seule chose que nous demandons aux personnes que nous embauchons est d’avoir envie de travailler et d’apprendre », explique Roeland Fraussen, CEO du Groupe Renotec. Cette entreprise, née il y a 34 ans d’une collaboration entre les entreprises de construction Smet de Dessel et Jansen de Meeuwen-Gruitrode, connaît une croissance de 5 à 10 % depuis des années. La plus grande peur de Roeland Fraussen ? Que cette croissance soit paralysée par un manque de bras.

Renotec est passé du statut d’expert en désamiantage à celui de spécialiste en  rénovation du béton et des canalisations, en projets de génie civil et en rénovation de bâtiments, monuments et œuvres d’art. Le groupe n’a pas seulement besoin de beaucoup de bras, mais aussi d’une grande diversité de profils. Des bras puissants et solides qui n’ont pas peur de travailler dans les égouts. Et des bras plus fins et assurés, capables de restaurer les moindres détails des églises et monuments classés.

« Nous sommes une entreprise de savoir-faire », explique Fraussen. « Nous savons et faisons des choses que peu d’autres savent et font. » Cela signifie également que Renotec recherche des collaborateurs ayant un intérêt pour ces activités de niche. Qu’il s’agisse des ingénieurs ou architectes qui élaborent et gèrent les projets, ou des ouvriers qui les réalisent. Contrairement à la tendance du marché qui consiste à combler les lacunes par des sous-traitants, Renotec ne jure que par son propre personnel. Tous les projets de niche sont réalisés en interne. Sur un marché du travail caractérisé par une pénurie depuis des années, ce n’est pas un avantage à première vue.

Et la pandémie de coronavirus n’a pas facilité les choses. Bien au contraire. Si l’on considère les offres d’emploi publiées par l’office flamand pour l’emploi VDAB, le compteur s’élevait à 6 130 à la fin du mois de juillet. Entre août 2020 et juillet 2021, le VDAB a reçu un peu moins de 20 000 offres d’emploi. Ce chiffre est comparable avec la même période entre 2018 et 2019. En d’autres termes, la pandémie de coronavirus dans le secteur de la construction semble entièrement digérée. La lutte pour trouver du personnel fiable et de qualité fait encore rage.

Frères, cousins et connaissances

Renotec souhaitait transformer la pandémie de coronavirus en une opportunité ingénieuse dans la guerre pour le talent. Le département RH a conçu une campagne intitulée « Renovate your future », a collé ce slogan sur une camionnette et s’est rendu de chantier en chantier pour demander aux collègues s’ils n’avaient pas de frères, de sœurs, de cousins, d’amis ou de connaissances qui aimeraient travailler chez Renotec. « Nous avons supposé, fin 2020, qu’un certain nombre d’entreprises feraient faillite », déclare Fraussen. « En utilisant notre réseau de 500 travailleurs, nous voulions trouver de nouvelles recrues. »

L’entreprise de construction basée à Geel compte 845 travailleurs et est spécialisée dans la rénovation, la restauration et la réparation des canalisations et du béton. Depuis le début de cette année, elle a embauché plus de 100 nouveaux travailleurs. Elle a réalisé un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros en 2021. Effaçant pour ainsi dire l’année du coronavirus et son chiffre de 130 millions d’euros.

Même sans vague de faillites, Renotec a réussi à combler l’équivalent de 103 postes vacants à temps plein en huit mois. Tant des professionnels de la construction que des personnes qui n’avaient jamais vu de près une meuleuse, un marteau-piqueur ou un bobcat ont posé leur candidature par l’intermédiaire du réseau de Renotec. Ce manque d’expérience ne fait pas peur à l’entreprise, qui mise depuis des années sur la formation interne. Pour les nouveaux venus dans le secteur de la construction, Renotec a conçu des chantiers de formation. Ces chantiers permettent aux novices d’avoir un aperçu de leur avenir dans la construction. En même temps, Renotec peut ainsi détecter les meilleurs profils.

« La semaine dernière, j’ai encore eu quelqu’un qui a osé arriver deux fois en retard lors de son troisième jour. Une fois le matin et une autre fois après la pause déjeuner », explique le chef de chantier et coach Johan Klassen. « Je lui ai dit de ne plus revenir le lendemain. » Nous rencontrons Johan Klassen sur son chantier au cœur de Bruxelles. Son équipe, forte de 12 à 18 personnes, travaille depuis près de deux ans à la rénovation d’un parking souterrain dans le quartier De Brouckère. L’eau qui s’était infiltrée dans le béton l’avait fait gonfler, rendant le parking inutilisable.

Pour les nouveaux arrivants, le parking souterrain est une confrontation immédiate avec la réalité. Il a fallu moins de sept minutes pour que notre photographe se retrouve presque enterré sous une nouvelle couche de béton. Ceux qui veulent gravir les échelons chez Renotec doivent prouver qu’ils peuvent effectuer un travail physiquement exigeant pendant huit heures sans lumière naturelle. Au début, nous n’avons pas d’autre choix que de demander aux gens de casser le vieux béton ou d’aider à suspendre les câbles d’éclairage. Ce n’est pas ici que l’on apprend les compétences qui seront utiles pour une carrière chez Renotec », explique Johan Klassen. « Ici, nous évaluons uniquement l’attitude. »

La formation comme arme dans la guerre pour le talent

Chaque semaine, Johan Klassen rend compte au siège de Geel de l’évolution des nouveaux arrivants. Par ailleurs, il discute régulièrement avec eux pour savoir comment ils vont. « La construction est un univers à part », explique cet ex-boulanger, « il faut être capable de traiter avec de nombreuses nationalités différentes, par exemple ». Au moment de notre visite, l’équipe était composée de Roumains, Bulgares, Congolais et Rwandais. Ceux qui, au bout de quatre semaines, ont prouvé qu’ils sont taillés pour ce métier, peuvent intégrer une équipe dans l’une des divisions de Renotec. C’est à ce moment que leur véritable formation débute.

Égouts ou patrimoine

Roeland Fraussen affirme qu’il pourrait remplir une page A4 avec des mesures qui devraient contribuer à activer davantage de personnes sur le marché du travail. Mais il n’a pas l’envie de se lancer en politique. « La pénurie de personnel dans le secteur de la construction est un problème depuis des années », indique Fraussen. « Lorsque j’ai rejoint l’entreprise en tant que chef de projet il y a 22 ans, ce n’était déjà le cas. » Depuis qu’il est devenu CEO il y a huit ans, Renotec s’est beaucoup engagée en faveur des jeunes. Les jeunes gens qui sortent de l’école avec un diplôme de construction en poche obtiennent immédiatement un contrat à durée indéterminée. Ils reçoivent une formation au cours de leur première année. Cela leur donne l’occasion de savoir s’ils préfèrent rénover des égouts ou restaurer le patrimoine.

Roeland Fraussen compte également sur les jeunes pour les postes d’ingénieurs au sein de son entreprise. « Jusqu’à il y a quelques années, nous faisions comme beaucoup d’entreprises, nous attendions de trouver la perle rare », explique-t-il. Une personne ayant plus de 10 ans d’expérience en tant qu’ingénieur ou expert en construction et qui est toujours motivée pour évoluer. Mais cette stratégie ne portait pas ses fruits. « Les entreprises prennent soin de ces profils, ils ne se retrouvent jamais sur le marché du travail. »

Désormais, Renotec se concentre sur les jeunes talentueux. Au cours des mois de février et mars, Renotec organise des événements de type « dinner & sign ». Depuis quelques années, quarante à cinquante futurs nouveaux ingénieurs y participent à chaque fois. « Je leur présente l’entreprise et nous organisons des speed datings avec les membres du conseil d’administration et de la direction », explique Fraussen. Ils rentrent chez eux avec une proposition presque impossible à refuser, composée de deux volets. Le premier est une formation de six semaines qui leur apprend qu’une entreprise ne peut pas se contenter d’une personne capable de calculer parfaitement les dimensions d’une poutre en bois ou en acier. « De plus, en tant qu’étudiants, ils reçoivent directement une voiture et un smartphone de la part de Renotec », explique Fraussen.

Cette stratégie semble porter ses fruits. « Chaque année, nous parvenons à recruter une quinzaine de jeunes sur la centaine d’ingénieurs diplômés », précise Fraussen. Il s’agit de collaborateurs qui auront besoin de plusieurs années avant d’être rentables, mais je veux leur offrir la même opportunité que Renotec m’a donnée : évoluer avec l’entreprise. Toute l’équipe de direction de Renotec est composée de personnes qui ont choisi de faire carrière dans l’entreprise après avoir quitté les bancs de l’école. « Même si bien sûr, tout le monde ne deviendra pas CEO. » (rire)

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